Dans l'imaginaire collectif, le bouchon lyonnais porte la moustache.
Un patron rougeaud, un tablier tendu sur le ventre, une voix qui couvre toute la salle. C'est l'image d'Épinal, et elle a la peau dure.
Sauf que l'histoire raconte l'inverse. La cuisine lyonnaise, ce sont d'abord des femmes : les Mères, ces cuisinières qui ont quitté les maisons bourgeoises pour ouvrir leurs propres tables. Rue Sergent-Blandan, à deux pas de la place Sathonay, deux filles ont décidé de reprendre le flambeau. Et elles l'assument jusque dans le nom.
Deux serveuses, un plan de carrière
L'histoire commence dans un autre bouchon. Isabelle et Laura se sont rencontrées au Café des Fédérations, à l'époque où Yves Rivoiron le tenait. Elles étaient serveuses (et ça se voit encore dans la façon dont la maison pense le service).
Il y a environ quatorze ans, elles ont ouvert leur propre adresse. L'idée, d'après leur site : prolonger la tradition des Mères lyonnaises, avec une cuisine plus actuelle et un peu moins chargée.
Moins chargée, dans un bouchon. Vous avez bien lu.
Concrètement, ça donne quoi ? Une carte qui garde les repères (quenelle, andouillette, rognons) mais qui les déplace d'un cran. La quenelle, par exemple, est ici au rouget, avec une sauce aux crustacés. Pas au brochet.
Le Bouchon des Filles, c'est un peu la fille qui reprend la recette de sa grand-mère. Elle garde le carnet, elle respecte les proportions, et puis un jour elle change une épice sans demander la permission à personne.
La mécanique du menu unique
Ici, pas de carte à rallonge. Un menu, un prix, et une chorégraphie bien rodée. Voici comment il se déroule, d'après le site du restaurant.
Premier temps, le défilé de saladiers
C'est la signature de la maison. Les entrées arrivent en saladiers posés au centre de la table, et chacun pioche.
Le principe a deux avantages. On goûte à tout, et la conversation démarre toute seule (essayez de rester froid quand on vous passe un plat de lentilles).
Deuxième temps, le plat au choix
C'est là que vous reprenez la main. La carte annonce notamment :
- une quenelle de rouget maison, sauce aux crustacés et riz
- une croustille de boudin aux pommes, avec une salade d'herbes
- des rognons de veau à la crème, épinards et riz pilaf (avec un supplément de 3 euros)
- un onglet de bœuf (même supplément)
- une andouillette rôtie
- un plat végétarien, ce qui reste rare dans un bouchon et mérite d'être signalé
D'autres plats tournent sur place, au gré du marché.
Troisième temps, fromage et dessert
Les deux sont au choix. Et inclus, ce qui change tout au moment de l'addition.
Mon ordre de bataille
Si je dois choisir sur le papier, je prends la quenelle de rouget. C'est le plat qui résume le mieux la promesse de la maison : la tradition, avec un pas de côté.
Et je laisse les saladiers circuler sans retenue. C'est le cœur du concept, ce serait dommage de les traiter comme une simple entrée.
Les nouveautés de 2026
Deux rendez-vous ont été ajoutés depuis mars 2026, et ils valent le détour.
Le premier, c'est le jeudi midi. Un menu unique à 25 euros, avec le défilé de saladiers, un plat du jour au choix et un dessert. Une bonne porte d'entrée pour tester sans engager toute sa soirée.
Le second, c'est le mâchon, le premier samedi de chaque mois. Rendez-vous à 8h45, sortie vers 11h. Au programme : mise en bouche, plat chaud, fromage et un demi-pot de vin, pour 32 euros.
Oui, du vin à 9 heures du matin. C'est la tradition des canuts, pas la mienne. Mais je ne vais pas la juger.
Attention, la réservation du mâchon se fait uniquement par téléphone, à partir de 18h.
Ce que disent les avis (et ce qui coince)
Avec environ 4,6/5 sur Google pour plus de 2 000 avis, le Bouchon des Filles fait partie des adresses lyonnaises les mieux notées de sa catégorie. Les clients saluent une cuisine lyonnaise revisitée, des portions généreuses et un accueil chaleureux.
Sur TripAdvisor, le tableau est un cran plus nuancé, autour de 4/5.
Les réserves tournent surtout autour du format. Le menu imposé ne plaît pas à tout le monde, et certains trouvent l'ensemble copieux (ce qui, dans un bouchon, ressemble plus à un compliment qu'à un reproche). Quelques avis isolés parlent d'entrées un peu déroutantes, ou d'un repas jugé cher pour ce qu'il propose.
Rien de massif. Mais si vous détestez qu'on choisisse à votre place, sachez-le avant de réserver.
L'addition, en clair
Le menu unique est affiché à 32 euros (relevé en octobre 2026), entrées, plat, fromage et dessert compris. Ajoutez 3 euros si vous prenez les rognons ou l'onglet.
Le jeudi midi, c'est 25 euros. Le mâchon du premier samedi, 32 euros avec le vin.
Pour quatre temps dans l'assiette en plein cœur du 1er, c'est raisonnable. Les tarifs peuvent bouger, alors vérifiez sur le site avant d'y aller.
Quelques réflexes avant d'y aller
- Réservez, toujours. La salle affiche souvent complet, d'après les avis
- Appelez si vous visez une date dans moins de trois jours : la réservation en ligne ne suffit plus
- Venez à plus de dix ? Passez par le formulaire de groupe du site
- Profitez de la place Sathonay avant ou après, c'est l'une des plus agréables des pentes
Adresse, horaires, réservation
- Adresse : 20 rue Sergent-Blandan, Lyon 1er, près de la place Sathonay
- Ouvert tous les soirs de 19h à 22h, et le samedi et le dimanche midi de 12h à 13h30. Le jeudi midi aussi depuis mars 2026. Les annuaires affichent parfois d'autres horaires, appelez en cas de doute
- Réservation au 04 78 30 40 44 ou en ligne
- Accès : métro A ou C, arrêt Hôtel de Ville, puis quelques minutes à pied (vérifiez l'itinéraire sur l'appli TCL)
Les Mères lyonnaises ont eu des héritiers en toque blanche. Elles ont aussi deux héritières en salle, rue Sergent-Blandan. Et le rôle leur va bien.
Article mis à jour en octobre 2026 : prix, horaires et infos pratiques revérifiés.


