Quand on me dit « café », j'imagine un comptoir, une machine à espresso et deux croissants fatigués sous une cloche en plastique.
Le Kitchen m'a obligé à revoir ma définition.
Rue Chevreul, dans le 7e, il y a une petite maison d'angle qui ressemble à un coffee shop de quartier. Sauf qu'elle a décroché un Bib Gourmand au Guide Michelin. Et que la cheffe a fait ses classes au Ritz.
Pourquoi celui-là et pas un autre ?
Parce que derrière la vitrine de pâtisseries, il y a un couple au CV de palace.
En cuisine, Connie Zagora. Suédoise née à Stockholm de parents polonais, formée à l'école Ferrandi, elle est passée par le Ritz aux côtés de Michel Roth, par Pur au Park Hyatt Vendôme et par les Trois Dômes du Sofitel Lyon.
À la pâtisserie, son mari, Laurent Ozan, passé par chez Catherine Guerraz et par le Lancaster.
Le Guide Michelin l'a distingué d'un Bib Gourmand dans sa sélection 2026, et le Gault&Millau lui accorde une toque. L'adresse a ouvert en 2014 sous le nom de Kitchen Café, avant de changer de nom et de look en 2021.
Le Kitchen, c'est un peu comme découvrir que votre voisin de palier, celui qui vous dit bonjour en jogging, a dirigé un grand orchestre.
Mais (parce qu'il y a toujours un mais) ne venez pas pour dîner. Le Kitchen vit le jour, et seulement le jour. Le soir, rideau.
Ce que j'en ai retenu
Je ne vais pas vous faire l'inventaire de mon plateau (ma mémoire de gourmand retient les sensations, pas les détails, et elle s'en porte très bien).
Par contre, je me souviens très bien de l'ambiance. Un mélange Art déco et scandinave assez irrésistible : tables en marbre, lustres, œuvres encadrées, et cette vitrine de pâtisseries qui aimante le regard dès qu'on passe la porte.
Il y a aussi ce sentiment rare d'être dans un endroit à taille humaine, où l'on sent la patte d'une famille plutôt que celle d'un concept. La salle est petite, c'est vrai. Mais elle a une âme.
Je suis ressorti avec une conviction : à Lyon, les plus belles surprises se cachent souvent derrière les devantures les plus modestes.
Qu'est-ce qu'on commande, du coup ?
Ça dépend de l'heure, et c'est tout l'intérêt de la maison. Chaque moment de la journée a son identité.
- le petit-déjeuner, avec viennoiseries maison et granola
- le déjeuner bistronomique, court et de saison, aux accents scandinaves et polonais
- le bar à desserts l'après-midi, avec des pâtisseries servies à l'assiette
- l'épicerie fine, pour repartir avec quelque chose
Côté salé, le Gault&Millau a relevé une saucisse de poisson sauce sésame-moules et un cochon rôti avec aubergine, salicorne et cacahuète. On trouve aussi des kluski, des pâtes polonaises, clin d'œil aux origines de la cheffe.
Côté sucré, c'est là que la maison se distingue : les kanelbullar (ces brioches suédoises à la cannelle, faites chaque jour), une mousse au chocolat avec glace caramel-cardamome, ou une brioche cannelle servie avec une glace au pain grillé.
J'ai aussi épluché les avis, pour vérifier que je n'étais pas le seul sous le charme. Spoiler : non. Les desserts reviennent en premier dans presque tous les éloges, suivis d'une cuisine jugée inventive mais sans prétention, d'un accueil chaleureux et d'un brunch nordique salué par les amateurs de café filtre.
Mon ordre de bataille si vous y allez
Le plat du jour, pour voir la cuisine de la cheffe à l'œuvre.
Puis un dessert à l'assiette. Pas en option, en obligation.
Et un kanelbullar à emporter pour le lendemain matin. Vous me remercierez.
Le petit bémol (parce qu'il en faut un)
Tout n'est pas parfait, et je préfère vous le dire.
Certains clients trouvent les prix un peu élevés pour ce qu'ils imaginaient être « un café », et l'un d'eux a jugé le service froid lors d'une visite. D'autres évoquent un service inégal selon les jours.
Et un point pratique : une empreinte bancaire peut être demandée à la réservation, ce qui a donné lieu à au moins un litige. Lisez bien les conditions avant de valider.
Et ça coûte combien ?
Pour un Bib Gourmand, l'addition reste dans la cible. D'après le Gault&Millau 2025, comptez 26 euros pour deux plats et 29 euros pour trois plats en semaine, et 35 à 37 euros le week-end.
Le plat du jour se situe entre 15 et 18 euros, et le petit-déjeuner démarre à quelques euros.
Ces tarifs datent un peu, alors vérifiez avant d'y aller. Ça vous évitera une surprise au moment de l'addition (bonne ou mauvaise, d'ailleurs).
Mes conseils pour en profiter
Petit bonus de timing : pour le calme, visez un matin de semaine. Le brunch y est servi sans réservation, et la petite salle reste vivable. Le week-end, la vitrine se vide vite et la patience devient une vertu.
Pour le reste, quelques réflexes à avoir.
- Réservez le déjeuner, c'est le moment où la maison affiche complet le plus vite
- Venez l'après-midi pour le bar à desserts, quand la cohue est passée
- Appelez avant de vous déplacer, les horaires varient selon les sources
- Gardez de la place. Toujours
Les infos pratiques, pour ne pas chercher
- Adresse : 34 rue Chevreul, Lyon 7e
- Ouvert en journée uniquement, fermé le mardi et le mercredi selon le Guide Michelin
- Téléphone : 06 03 36 42 75
- Accès : tram T1, arrêt Rue de l'Université
Voilà pour cet épisode sucré dans le 7e.
La prochaine fois, je vous emmène boire un verre aux Terreaux, derrière une façade qui ne paie pas de mine. Ne vous fiez pas aux apparences, c'est l'un des meilleurs bars de France.

