Après la guerre, traiter quelqu'un de « BOF », c'était rarement un compliment.
Le sigle désignait les métiers du Beurre, des Œufs et des Fromages. Sauf qu'une partie de la profession avait prospéré en revendant sous le manteau des produits pas toujours reluisants. Le mot est resté collé aux crémiers, avec un parfum de marché noir.
Baptiser une fromagerie comme ça, il fallait oser. Rue Hippolyte-Flandrin, à deux pas des Terreaux, ils ont osé. Et la maison raconte l'histoire avec humour : le sigle reste, seule la qualité a changé de camp.
Seize ans de crèmerie en quatre dates
- 2010 : naissance de B.O.F aux débuts de la reconversion de la Halle de la Martinière, premier marché couvert de Lyon (1838), fermé pour de bon en 2012
- 2012 : déménagement rue Hippolyte-Flandrin, chez un ancien grainetier des années 1940, devenu théâtre puis abandonné vers les années 1990
- 2014 : Sophie Martinez reprend la société avec un associé et mise sur l'affinage
- 2024 : Bruno Pelen reprend l'affaire, garde Sophie dans l'équipe, refait la boutique et ajoute charcuterie et vins
Sophie Martinez, c'est une reconvertie de l'événementiel, formée en alternance aux Halles de Lyon, devenue ambassadrice du Saint-Marcellin IGP. Une fromagère qui défend le Saint-Marcellin bleuté face à des Lyonnais qui ne jurent que par le crémeux, j'appelle ça du courage.
Dans une interview à la filière Saint-Marcellin, elle résume sa philosophie : vendre un fromage, c'est aussi transmettre l'histoire et le savoir-faire qu'il y a derrière. Elle rappelle au passage que le fromage emblème de Lyon n'est pas forcément produit dans le Rhône. Ça surprend toujours les clients, paraît-il.
Elle est aussi formatrice en produits laitiers. Autrement dit, quand elle vous conseille un affinage, elle sait pourquoi.
Un fromager qui a sa propre cave d'affinage, c'est un caviste qui élèverait lui-même ses vins. Il ne se contente pas de vendre le produit, il décide du jour où il est prêt.
La cave, l'argument qui fait la différence
C'est le cœur du sujet. B.O.F possède sa propre cave d'affinage, 25 m² à l'hygrométrie surveillée de près.
Pourquoi ça compte ? Parce qu'un fromage acheté jeune et affiné sur place n'a pas le goût d'un fromage livré prêt à vendre. L'affineur choisit le moment. Le Saint-Marcellin, par exemple, est proposé ici à différents stades d'affinage.
Côté sélection, la maison annonce plus de 150 fromages, majoritairement sourcés localement, fermiers et artisanaux, avec un discours clair sur les circuits courts, le refus de la production de masse et le bien-être animal. Le Gault&Millau la recense parmi ses artisans et pointe un munster fermier et un soumaintrain pour les connaisseurs.
Quoi acheter, selon l'occasion
Pour un apéro qui tient la route
Les plateaux de fromages et de charcuterie sur commande, et les buffets sur demande. La charcuterie vient du coin et de Corse, sans nitrite. Ajoutez une bouteille prise sur place : la boutique fait aussi cave depuis fin 2024.
Pour une raclette qui sort de l'ordinaire
La raclette se décline aux cèpes, au piment d'Espelette, aux fleurs, à l'ail des ours ou au foin. Pas d'appareil ? La boutique en vend : 39,95 euros pour deux, 49,45 euros pour quatre (relevé sur le site en octobre 2026).
Pour un cadeau de connaisseur
Un Beaufort d'été AOP, un Appenzeller extra noir, un reblochon fermier ou une tomme fermière de brebis corse. Ou l'abonnement « Le Gourmet », affiché à 34,90 euros par mois pour deux personnes (le détail du contenu est sur le site).
Pour les pressés organisés
Le click & collect : commande passée avant midi, retrait le lendemain.
Pratique pour un plateau de fête ou une raclette du samedi soir : vous commandez le jeudi depuis le bureau, vous récupérez le vendredi, et personne ne vous voit hésiter trois quarts d'heure devant la vitrine.
La terrasse, l'atout qu'on n'attend pas chez un fromager
De mars à octobre, B.O.F organise des afterworks en terrasse le jeudi et le vendredi, jusqu'à 19h30, sans réservation. Et le vendredi et le samedi, planches et spécialités fromagères en continu.
Un afterwork qui s'arrête à 19h30, c'est l'apéro des gens raisonnables. Ou des parents.
Nous sommes mi-octobre : si vous voulez en profiter cette année, c'est maintenant, la saison touche à sa fin.
Ce qui peut coincer
Les avis affichés sur le site (107 avis, mention « Excellent ») saluent le choix, les conseils et la préparation des commandes. Je n'ai trouvé aucune critique récurrente, mais pas non plus de note Google chiffrée et vérifiable. Prenez ces louanges avec la prudence d'usage : elles viennent de la vitrine de la maison.
Le vrai piège, ce sont les horaires coupés en semaine. Du mardi au jeudi, la boutique ferme entre 12h45 et 15h30. Le fromage de la pause déjeuner, il faut viser juste.
Et les prix au kilo ne sont pas ceux de la grande surface. Logique : un fromage fermier affiné coûte plus cher qu'un fromage industriel. Fixez-vous un budget avant d'entrer, sinon la vitrine décidera pour vous.
Mon astuce pour limiter la casse : demandez des portions plus petites et plus variées. Trois fromages bien choisis valent mieux qu'un gros morceau d'un seul, et un bon fromager coupe à la demande.
Les infos pratiques
- Adresse : 18 rue Hippolyte-Flandrin, Lyon 1er (une seconde boutique existe à Saint-Genis-Laval)
- Horaires : du mardi au jeudi, 10h-12h45 et 15h30-19h15 ; vendredi 9h-19h15 non-stop ; samedi 9h-19h non-stop ; fermé dimanche et lundi (horaires affichés en 2026, à reconfirmer hors saison)
- Téléphone : 09 82 23 41 60
- Commande : click & collect sur fromagerie-bof.fr
- Accès : métro A ou C, arrêt Hôtel de Ville-Louis Pradel, puis quelques minutes à pied
Un sigle mal famé, une cave bien tenue. À Lyon, on appelle ça une réhabilitation réussie.
Article mis à jour en octobre 2026 : prix, horaires et infos pratiques revérifiés.


