Six mois de travaux prévus. Trente mois réels.
Le genre d'écart qui ferait pâlir n'importe quel artisan de votre immeuble. Fermée en octobre 2022, la Cour des Loges a rouvert ses portes en mai 2025, rue du Bœuf, après une rénovation à 6 millions d'euros. Entre-temps, le Guide Michelin avait fait ce qu'il fait toujours avec une table fermée : il avait repris son étoile.
Dix mois après la réouverture, en mars 2026, il l'a rendue.
Vu le contexte (un nouveau propriétaire, une nouvelle enseigne, deux ans et demi de chantier), c'est un sacré retour.
Un chef qui n'avait jamais vraiment quitté la maison
Anthony Bonnet connaît Les Loges comme sa poche. Il y officie depuis plus de vingt ans, et le Gault&Millau rappelle qu'il y avait déjà décroché ses trois toques il y a une vingtaine d'années. Il les a toujours en 2026, avec 15/20 et la mention « Table Remarquable ».
Le décor autour, en revanche, a changé de main. L'hôtel a été racheté 24,5 millions d'euros à la famille Sibuet par un fonds américain, puis rebaptisé sous l'enseigne Radisson Collection, une première en France pour la marque.
Concrètement, ça change quoi en cuisine ? D'après le chef lui-même, interviewé par Lyon Capitale, pas grand-chose côté liberté. L'étoile était un défi lancé à ses équipes, pas une ligne dans un contrat.
Récupérer une étoile après une fermeture, c'est un peu comme revenir dans son ancien club après une blessure. Tout le monde attend de voir si vous avez encore les jambes.
Visiblement, il les a.
Le lieu, d'abord
Soyons lucides : la première raison de réserver ici, pour beaucoup, ce sera la cour.
Une cour Renaissance dite florentine, dallée de marbre, bordée de galeries sur plusieurs étages, et coiffée d'une verrière contemporaine de 17 mètres. La salle est installée en plein milieu. Le chef le dit lui-même : la cour fait partie du repas.
Le Michelin parle d'un décor romantique. Pour une fois, l'adjectif n'est pas usurpé.
Et pour les amateurs de chiffres, la cave annonce plus de 940 références, avec un faible assumé pour la Bourgogne et le Rhône d'après le Gault&Millau.
Dans l'assiette, du terroir au millimètre
Anthony Bonnet défend ce qu'il appelle une gastronomie responsable : des produits toujours plus locaux, la chasse au gaspillage, des recettes adaptées aux contraintes alimentaires. Il cite volontiers ses fournisseurs, comme la Ferme des Mollières, Jérôme Ollagnier pour le pigeon ou la famille Miéral pour la volaille de Bresse.
Le Michelin décrit une cuisine délicate, très tournée vers le légume, aux notes herbacées, poivrées ou épicées jusque dans les desserts. Même la vaisselle vient d'artisans choisis par le chef.
Pas de carte, deux menus en cinq ou huit étapes. Parmi les plats repérés par les guides et les clients :
- un bœuf du Mézenc, infusion au foin d'alpage
- un omble chevalier, carotte et infusion de tanaisie
- un pigeonneau fermier, châtaigne et prune fermentée
- une truite fario, citée dans plusieurs avis
La carte suit les saisons, donc considérez cette liste comme un aperçu, pas une promesse.
Ce que je choisirais
Le menu en huit étapes, sans hésiter. Quand un chef retrouve une étoile en dix mois, c'est la version longue qui montre ce dont il est capable.
L'accord mets et vins ? Seulement si le budget suit (on en parle juste après). Sinon, demandez conseil au sommelier pour une bouteille : avec 940 références, il a de quoi vous trouver mieux qu'un accord standard.
Ce que disent les avis
Côté chiffres, Les Loges affichent 9,5/10 sur TheFork et 4,4/5 sur TripAdvisor (environ 500 avis, toutes époques confondues). Les commentaires de 2025 et 2026 sont très majoritairement positifs : service attentionné, produits de saison, cadre unique, adaptation pour les végétariens.
Quelques fausses notes, quand même.
Un client, en août 2025, a décrit une salle vide, un service moyen et des plats inégaux, avec des desserts et un « élixir » d'herbes jugés faibles. D'autres, plus anciens, trouvaient les boissons chères et les accords pas à la hauteur du prix. Un avis d'octobre 2025, pourtant très positif, glisse que la note est élevée pour le niveau de service.
Et il faut le savoir : pas de carte, uniquement des menus dégustation. Si vous voulez juste un plat et un verre, ce n'est pas la bonne porte.
Le prix d'une cour Renaissance
Tarifs relevés en octobre 2026 (Office du tourisme et Gault&Millau) :
- menu cinq étapes : 125 euros
- menu huit étapes : 165 euros
- accord mets et vins : 69 euros avec le cinq étapes, 89 euros avec le huit étapes (selon TheFork)
Pour deux personnes avec l'accord sur le grand menu, on approche donc des 510 euros. Ça pique. On paie aussi le lieu, et le lieu n'a pas d'équivalent à Lyon. Vérifiez les tarifs avant de réserver, ils évoluent avec les saisons.
Quelques conseils
- Réservez tôt : la salle compte 35 couverts, d'après le chef lui-même
- Signalez vos allergies ou un régime végétarien, le menu s'adapte
- Arrivez en avance pour faire le tour de la cour et des galeries, ça vaut le coup d'œil
- Évitez la voiture : la rue du Bœuf est en zone piétonne. Si vous n'avez pas le choix, l'hôtel conseille de viser le 2 rue Lainerie et propose un voiturier
Infos pratiques
- Adresse : Cour des Loges, 6 rue du Bœuf, Lyon 5e
- Ouvert du mardi au samedi, le soir uniquement. Les sources donnent des créneaux différents (19 h-21 h pour le Michelin, 19 h 15-20 h 45 pour l'Office du tourisme), appelez pour caler votre heure. Fermé dimanche et lundi
- Réservation au 04 72 77 44 44
- Accès : métro D, arrêt Vieux Lyon–Cathédrale Saint-Jean, puis cinq minutes à pied dans les ruelles
- Accessibilité : accessible en fauteuil roulant
Trente mois de chantier pour dix mois de reconquête.
Les Loges ont mis le temps. Le résultat, lui, ne traîne pas.
Article mis à jour en octobre 2026 : prix, horaires et infos pratiques revérifiés.

