Les restaurants qui durent trente ans ont un défaut : on arrête de les regarder.
On les range dans la case « institution », on hoche la tête quand quelqu'un les cite, puis on file tester la nouveauté du mois. Erreur classique.
Le Canut et les Gones a ouvert le 1er juillet 1994, rue de Belfort, sur le plateau. Trente-deux ans plus tard, il figure dans la sélection du Guide Michelin et le Gault&Millau 2026 lui accorde 12,5/20. Pour une maison qu'on croyait bonne pour le rayon souvenirs, ça fait désordre.
Une maison de chineur, une cuisine de jardinier
Au départ, il y a Franck Blanc. Il raconte avoir lancé l'affaire avec peu de moyens et une obsession : du produit frais, de saison, et des prix qui ne font pas fuir les gens du quartier.
Depuis 2010, il partage la maison avec Junzo Matsuno, chef japonais devenu son associé. Détail qui change tout : le chef cultive lui-même une partie des légumes, salades et herbes, sur des terrains en bio.
Concrètement, ça donne quoi ? D'après le Michelin, une cuisine française soignée, avec des touches japonaises discrètes et une vraie place pour le légume. Pas de fusion tapageuse, pas de yuzu saupoudré partout pour faire joli. Un léger pas de côté, et c'est tout.
Le Canut et les Gones, c'est la vieille horloge du salon de votre grand-mère : on la croit arrêtée depuis des lustres, puis on s'aperçoit qu'elle est réglée à la minute près.
Le décor, ou l'art de ne rien jeter
Parlons-en, des horloges. La salle en collectionne, accrochées au milieu d'objets chinés au fil des années par le patron. Ajoutez un bar en formica et un papier peint vintage, et vous tenez le décor qui revient dans quasiment tous les avis.
Ce papier peint a même eu droit à une réédition avec un atelier lyonnais, Le Presse Papier. Quand la tapisserie d'un bistrot finit en produit dérivé, c'est que la déco est devenue un personnage à part entière.
Les fidèles parlent d'ambiance brocante, avec tendresse. Les autres… j'y reviens plus bas.
Ce qui passe dans les assiettes en ce moment
La carte bouge avec les arrivages et le potager. Ne venez pas avec un plat précis en tête, vous seriez déçu. Pour l'esprit, voici ce que le Gault&Millau 2026 a relevé :
- un gravlax de saumon, crème d'avocat, kiwi rouge et coulis de chou kale
- une côte de bœuf Herriko rôtie, jus au vinaigre de cidre, purée de patate douce, chou rouge et betterave chioggia
- un financier noisette, crème mandarine, caramel et passion
D'autres guides citent une tête de veau sauce ravigote, histoire de rappeler qu'on reste à Lyon et qu'on n'est pas venu pour un tataki.
La cave est décrite comme intéressante, avec une belle place pour les vins de la région. Un site tiers avance le chiffre de 300 références et au-delà. Chiffre non confirmé par la maison : je le prends avec des pincettes.
Ma stratégie
Le déjeuner en semaine, menu complet. C'est le format que le Michelin qualifie de bonne affaire, et c'est là que l'écart entre ce que vous payez et ce que la cuisine montre est le plus flatteur.
Le soir, je jouerais la carte en commençant par les grignotages, puis une entrée et un plat. Et je demanderais conseil pour le vin plutôt que de pointer la ligne la moins chère, réflexe que tout le monde a et que personne n'avoue.
Les reproches qui reviennent
Sur TripAdvisor, la maison tient 4,4/5 sur plus de 700 avis. Solide. Mais j'ai lu les avis mécontents, et ils tournent autour de trois sujets.
Un : l'addition. Des clients signalent un vin facturé à un autre prix que celui de la carte, ou un supplément sur le bœuf qu'on ne leur avait pas annoncé. Demandez les suppléments avant de commander, relisez la note, et tout le monde restera ami.
Deux : le choix. Le midi, les menus fixes laissent peu d'options par service (deux plats, parfois). Si vous êtes du genre difficile, le format peut coincer.
Trois : le confort. Un client a peu goûté les tables en formica, les serviettes en papier et les chaises. C'est l'envers du décor brocante : ce qui charme les uns agace les autres. Quelques avis trouvent aussi certaines entrées un peu menues pour le prix.
Une poignée d'avis évoque enfin un accueil sec au téléphone. Cas isolés, noyés dans les compliments sur le service, mais je préfère vous prévenir.
Le budget, relevé en octobre 2026
D'après le site du restaurant :
- plat du jour le midi : 20 euros
- formule midi, entrée-plat ou plat-fromage/dessert : 26 euros
- menu midi complet : 28 euros
- le soir et le samedi midi, à la carte : grignotages de 6 à 9 euros, entrées dès 12 euros, plats dès 18 euros, fromages et desserts à 8 euros
Le Gault&Millau situe un repas complet à la carte autour de 45 euros, hors boissons. Les tarifs bougent avec les saisons, vérifiez avant de réserver.
Trois réflexes avant d'y aller
- Regardez l'heure. Les horaires publiés par le restaurant sont des horaires de prise de commande : de 12 h à 13 h le midi, de 19 h 30 à 21 h le soir. Arrivez à 13 h 15 et vous déjeunerez ailleurs
- Réservez, surtout le midi en semaine, quand habitués et bureaux du coin se disputent les tables
- Venez curieux. La carte suit le jardin du chef, pas vos envies du moment
Infos pratiques
- Adresse : 29 rue de Belfort, Lyon 4e
- Ouvert du mardi au samedi, midi et soir. Fermé dimanche et lundi (les guides affichent des horaires un peu différents, appelez en cas de doute)
- Réservation : 04 78 29 17 23
- Accès : métro C, station Croix-Rousse, puis quelques minutes à pied (vérifiez l'itinéraire sur tcl.fr)
Trente-deux ans, un chef jardinier et des horloges sur tous les murs. La preuve qu'une institution peut encore surprendre, à condition d'arriver à l'heure.
Article mis à jour en octobre 2026 : prix, horaires et infos pratiques revérifiés.


