« Il aurait fallu laisser les toiles d'araignée. »
C'est, en substance, la boutade de Benoît, l'un des trois associés qui ont repris le Café Clos Jouve en septembre 2020, rapportée par la newsletter lyonnaise La Mère Saive. Traduction : on ne touche pas à un café centenaire (et même un peu plus) sans froisser les habitués.
Six ans plus tard, au 32 boulevard de la Croix-Rousse, les habitués sont toujours là. Et ils ont été rejoints par pas mal de monde.
Trois associés, un CAP et un pari
Le trio, c'est Benoît, Clément et Alex. Benoît dirigeait un cabinet de recrutement avant de passer un CAP cuisine au lycée Hélène-Boucher, à Vénissieux. Une reconversion qui sent le choix mûri plutôt que la crise de la quarantaine.
Le timing, lui, était catastrophique. Rachat en septembre 2020, donc confinements dans la foulée. Puis, à la réouverture, une affluence que l'équipe n'avait pas vue venir.
Leur idée, telle que racontée par La Mère Saive : rester une cantine de quartier, servir des assiettes généreuses à prix sages (en récupérant au passage des produits invendus ou déclassés), et tenir des horaires sans coupure. Pour l'équipe, 35 heures et deux jours de repos par semaine. Dans la restauration, ce dernier point relève presque du militantisme.
Le Café Clos Jouve, c'est un peu le couteau suisse du boulevard. Une lame pour le café du matin, une pour le plat du jour, une pour l'apéro, et on s'étonne encore que tout tienne dans la même poche.
Pourquoi « Clos Jouve » ?
Le nom vient du clos voisin, haut lieu de la boule lyonnaise. C'est là qu'est née, en 1850, la première société officielle de jeu de boules de la ville.
Les terrains ont depuis disparu : en 2023, Le Progrès racontait leur transformation en place-jardin. Le café, lui, garde le nom. Je n'ai trouvé aucune source qui prouve un lien historique direct entre le bistrot et les boulistes, mais avouez que ça fait une bonne histoire de comptoir.
Une journée au Clos Jouve, tranche par tranche
Le principe du lieu tient en une amplitude : de 8 heures à minuit, du mardi au samedi. Chaque tranche horaire a sa clientèle et sa carte.
Le matin
Une formule à 7 euros : grande boisson chaude, jus de fruit et douceur maison (tarif relevé dans l'article de La Mère Saive, 2025). D'après Privateaser, l'ambiance de journée est calme, avec beaucoup de plantes.
Le midi
C'est là que tourne la cuisine dite « voyageuse ». Les plats du jour changent souvent, et un avis Google de février 2026 salue les options pour différents régimes.
Dans les avis TripAdvisor et Google, on croise notamment :
- des brochettes de maquereaux aux petits légumes, plusieurs fois citées
- un tartare de thon salué en avril 2026
- des gnudis ricotta-blettes, sauce tomate et parmesan
- un tagine de légumes au boulgour
- des poireaux vinaigrette, parce qu'il faut bien un classique
- un cheesecake au caramel, le dessert qui revient le plus
Les tarifs de 2025 : plat du jour à 16 euros, entrée-plat ou plat-dessert à 21 euros, formule complète à 25 euros.
Le soir
Changement de registre. Place aux petites assiettes à partager, de 8 à 13 euros, desserts dès 6 euros. Patatas bravas, gravlax, baba ganoush, tataki de bœuf, poitrine de porc laquée miel-soja, curry de chou-fleur rôti : les sources dessinent une carte de tapas qui voyage loin.
Côté verre, vins locaux, bières artisanales et cocktails maison, avec un happy hour à partir de 17 heures. Un avis de l'été 2025 s'arrête sur le Campari spritz. Un autre mentionne même un barbecue le samedi (à vérifier, l'info est isolée).
Mon ordre de bataille ? Le soir, trois ou quatre assiettes pour deux, un verre de vin du coin, et le cheesecake en clôture. Le midi, la formule à 21 euros suffit largement.
Ce que reprochent les mécontents
Les notes sont bonnes (4,5/5 sur Google pour plus de 500 avis selon Lyon.food, 4,4/5 sur TripAdvisor pour une quarantaine). Mais les avis négatifs méritent qu'on s'y arrête.
- Le service, jugé inégal par plusieurs clients, avec un avis de juin 2025 qui trouve l'accueil désagréable (tout en sauvant un serveur)
- La propreté, épinglée en 2024 (plinthes, rebords de fenêtre, toilettes)
- Les tables de terrasse, petites et peu confortables selon un avis de 2024
- Les quantités du soir : des tapas, pas des plats complets, ce qui a déçu ceux qui venaient pour un vrai dîner
Rien d'alarmant, la plupart datent de 2024-2025. Mais allez-y en sachant que c'est un café de quartier, avec la vie (et les plinthes) qui va avec.
Quelques réflexes à avoir
- La terrasse : Privateaser en compte deux, et La Mère Saive vante le soleil qui s'y attarde. Visez la fin d'après-midi
- En groupe : la salle accueille jusqu'à 50 personnes, mais il n'y a pas de privatisation complète d'après Privateaser
- Le soir, venez à plusieurs : les assiettes à partager sont pensées pour ça
- Les horaires varient d'un annuaire à l'autre (ouverture à 7 h 30, 8 h ou 8 h 15 en semaine), appelez si vous comptez sur le café de l'aube
L'essentiel pour y aller
- Adresse : 32 boulevard de la Croix-Rousse, Lyon 1er
- Horaires : du mardi au vendredi, de 8 h environ à minuit. Le samedi, de 9 h à minuit. Fermé dimanche et lundi
- Téléphone : 04 78 28 13 53
- Accès : métro C, arrêt Croix-Rousse
Une cantine qui nourrit le quartier du petit-déjeuner au dernier verre, avec une équipe à 35 heures. Les toiles d'araignée sont parties, mais l'esprit est resté. C'était tout l'enjeu.


