Vous en connaissez beaucoup, des restaurants qui ferment le samedi ?
Dans le 1er arrondissement, à deux pas de l'Opéra, là où les touristes passent par grappes entières le week-end ? Ça ressemble à une erreur de gestion. Ou à une déclaration d'indépendance.
Le Garet a choisi. Du lundi au vendredi, midi et soir, point final. Ce qui en dit long sur sa clientèle, et sur la façon dont il conçoit son métier.
Une maison plus que centenaire
Avant de parler de la carte, un peu d'histoire. Parce qu'ici, elle est assise à table.
Selon Emmanuel Ferra, le patron, l'adresse accueillait déjà un porte-pot dès 1870. Le Chiroubles y arrivait en tonneaux, livré à dos d'âne. L'image est savoureuse, et elle donne le ton.
Le restaurant lui-même date de 1914, d'après Le Progrès. D'autres sources, comme Le Fooding, parlent plutôt de 1920. Les deux dates décrivent peut-être deux étapes différentes, je n'ai pas trouvé de quoi trancher.
Plus de cent ans, deux guerres, des modes culinaires venues et reparties : la maison a vu passer tout ça sans changer de nom ni de répertoire.
Emmanuel Ferra et son épouse Agnès tiennent la maison depuis une vingtaine d'années. Une salle d'environ 120 m², et une fidélité qui ne se dément pas.
Et Jean Moulin dans tout ça ?
C'est le chapitre que tout le monde retient. Pendant la guerre, le chef de la Résistance fréquentait le Garet, clandestinement.
Une petite plaque rappelle aujourd'hui la place où il avait l'habitude de s'asseoir. Une source la situe près de l'entrée.
Concrètement, ça change quoi ? Pas la quenelle. Mais on ne mange pas tout à fait de la même façon quand on sait qui s'asseyait là, et dans quelles circonstances.
Le Garet, c'est un peu un vieux cahier de classe retrouvé au grenier. La couverture est usée, l'écriture a pâli, mais en tournant les pages, on tombe sur un nom qu'on n'attendait pas.
La fermeture du week-end, un filtre
Revenons à ce samedi fermé. Sur le papier, c'est un handicap. En pratique, c'est un tri.
Le Garet vit au rythme des jours ouvrés, avec une clientèle qui revient. Des habitués, des bureaux du quartier, des Lyonnais qui savent que pour y déjeuner, il faut poser une demi-journée de congé ou caler un rendez-vous professionnel.
Le résultat se lit dans les avis. On y parle d'une ambiance d'adresse de quartier, d'un décor d'époque resté dans son jus, et d'un accueil qui fait sentir qu'on est attendu.
Lyon Capitale l'a d'ailleurs mis en avant parmi ses « restaurants du mois » en janvier 2026. Pour une maison centenaire, figurer dans une sélection du mois aux côtés d'adresses récentes, c'est plutôt bon signe.
L'assiette, sans détour
Pas de relecture, pas de fusion. Le Garet joue la partition lyonnaise telle qu'elle a été écrite. Les plats cités par les guides et les avis :
- la tête de veau, plat de connaisseur, qui fait la réputation de la maison
- la quenelle de brochet sauce Nantua, décrite par Le Fooding comme généreuse et bien nappée
- l'andouillette, pour ceux qui savent ce qu'ils commandent
- le saucisson chaud
- le tablier de sapeur, cette tranche de gras-double panée qui intimide les novices
Mon ordre de bataille
La tête de veau. Je sais, on a vu plus photogénique.
Mais c'est celui que peu de maisons osent encore travailler correctement, et celui que les sources associent le plus au Garet. Si vous ne devez tester une adresse que sur un plat, autant prendre celui qu'elle défend.
Les plus prudents se rabattront sur la quenelle Nantua, qui ne déçoit personne d'après les avis.
Des prix à vérifier
Ici, les sources ne racontent pas la même histoire.
Lyon Capitale annonce, en janvier 2026, un menu à 27 euros le midi et à 38,50 euros le soir. Le Fooding affiche des tarifs plus bas, 22 euros le midi et 30 euros le soir, mais ces chiffres semblent dater.
Je retiens donc la fourchette la plus récente, entre 27 et 38,50 euros. Mais appelez avant, les prix ont visiblement bougé ces dernières années.
Le revers de la médaille
J'ai cherché les critiques. Il y en a peu.
Avec environ 4,6/5 sur Google pour plus de 1 200 avis, le Garet fait l'unanimité ou presque. Les retours saluent la générosité des plats, le décor et l'accueil.
Le vrai bémol est ailleurs, et il est logistique. Fermé le week-end, souvent complet en semaine : il faut s'organiser. Certains clients conseillent aussi de demander une table à l'étage pour plus d'intimité, ce qui laisse deviner un rez-de-chaussée animé.
Et si vous comptez y emmener vos amis de passage un samedi soir, oubliez.
Mes conseils
- Réservez, même en semaine. La salle n'est pas immense et les habitués veillent
- Demandez l'étage si vous voulez parler sans hausser la voix
- Cherchez la plaque de Jean Moulin en entrant, et prenez une seconde
- Enchaînez avec une balade vers l'Opéra et les quais du Rhône, à cinq minutes à pied
- Calez un déjeuner d'affaires ici plutôt que dans une brasserie anonyme, l'effet est garanti
Le Garet, côté pratique
- Adresse : 7 rue du Garet, Lyon 1er, entre l'Hôtel de Ville et l'Opéra
- Ouvert du lundi au vendredi, midi et soir (horaires publiés : 12h à 15h et 19h30 à 23h). Fermé le samedi et le dimanche
- Réservation au 04 78 28 16 94
- Accès : métro A ou C, arrêt Hôtel de Ville, à deux minutes à pied
Un bouchon qui ferme le week-end, dans le quartier le plus touristique de Lyon. Sur le papier, c'est absurde. Sauf que ça tient depuis plus d'un siècle.


