Six francs la journée de lavage. Trois francs la demi-journée.
C'était le tarif du lavoir municipal de l'impasse Flesselles, en haut des pentes de la Croix-Rousse, à l'époque où les blanchisseuses du quartier y montaient leur linge (d'après le Guichet du Savoir de la Bibliothèque municipale de Lyon).
Aujourd'hui, on y paie 3 euros d'adhésion. Et on y monte pour un drag show, une pièce de théâtre ou un cabaret burlesque. La reconversion a de l'allure.
Du linge sale aux paillettes
Le conseil municipal vote la construction le 25 mars 1929, à la demande des habitants du haut du 1er arrondissement. Le bâtiment en béton ouvre en 1934 : lavoir au rez-de-chaussée, bains-douches à l'étage, pour les familles ouvrières des pentes et de la cité HBM du Clos-Jouve.
Le lavoir s'arrête à la fin des années 1980. Les bains-douches tiennent jusqu'en 2016.
Puis le lieu change de vie, plusieurs fois. Le Club Théâtre s'y installe en 2012 avec Olivier Rey et Julien Ribeiro, jusqu'en 2020. L'association La Voir (Au Public) prend le relais de 2021 à l'été 2023. En 2024, après un appel à projets de la mairie du 1er, les clés passent aux Lavandières.
Trois équipes en douze ans. Ce bâtiment a plus de vies qu'un chat de gouttière.
Je vois dans cette instabilité une force plutôt qu'un aveu d'échec. Un lieu municipal confié à des associations pour trois ans, c'est un lieu qui ne s'endort jamais sur ses habitudes. Chaque équipe arrive avec sa ligne, son public, ses envies. Le bâtiment, lui, reste le même : béton des années 1930, volumes francs, et cette mémoire ouvrière qu'aucune programmation n'efface.
Le Lavoir Public, c'est la vieille machine à laver qu'on n'a jamais réussi à jeter : on change le programme, on change le tambour, mais elle tourne toujours. Et le linge qui en sort a pris des couleurs franchement vives.
Les Lavandières, mode d'emploi
Une association née en juillet 2024, avec quatre ou cinq membres selon les sources. Le Petit Bulletin cite Charlotte Piechon, Cyril Masson, Joséphine Bargas et Baptiste Vildrac. Charlotte Piechon, cofondatrice de la compagnie de théâtre Les Dévorants, tient la programmation.
Leur ligne, dès le départ : un lieu ouvert à toutes les disciplines et à tous les publics, une économie solidaire, des artistes payés correctement. Pas de subvention la première année, faute d'avoir déposé le dossier à temps selon Le Petit Bulletin, et une campagne de financement participatif bouclée à 6 400 euros. Bref, un démarrage à l'huile de coude.
La saison 2026-2027 est leur troisième. Le pari tient, et la programmation a pris une couleur très nette.
Une salle où l'on ne se cache pas
C'est là que le Lavoir se distingue. La salle est bifrontale : la scène se regarde des deux côtés. Jauge de 46 places assises, jusqu'à 99 debout.
Résultat ? Vous êtes à deux mètres de l'artiste. Pas de fosse, pas d'écran géant, aucune planque. Pour du drag, du clown ou du cabaret, c'est le format rêvé (et le pire si vous comptiez consulter vos mails pendant le spectacle).
L'affiche de l'automne
La programmation d'octobre et novembre 2026 donne une idée claire de l'identité maison.
- du drag sous toutes ses formes : Blagrace, stand-up drag, le 8 octobre ; Secrets de Drag #3 avec Sasha Biloute le 22 ; La Mona Reçoit le 6 novembre
- du cabaret : La Cabaret #2 le 24 octobre, le Récital Lyralcoolique le 7 novembre, Renoire de Janneke Burlesque du 11 au 13 novembre
- de la danse et de la performance : Many Rooms (Cie Silans) du 14 au 16 octobre, HLM Pussy de Kaïs D le 17
- du théâtre : Les Histoires d'Ajna du 28 au 30 octobre, puis les 48H Théâtre les 26 et 27 novembre
- une soirée de sensibilisation à la santé sexuelle, gratuite, le 23 octobre, et une soirée d'Halloween le 31
Un bar sur place, avec des produits locaux et écoresponsables d'après le site. Pas de carte en ligne, donc pas de prix à vous donner.
Par où commencer
Une soirée drag pour une première fois, parce que c'est l'ADN actuel du lieu et que la proximité de la salle sert parfaitement le genre. Puis un spectacle de théâtre, pour mesurer l'autre versant de la maison.
Les angles morts
Peu d'avis récents à se mettre sous la dent. Le seul reproche concret que j'aie trouvé, sur Yelp, vise une sono capricieuse en fin de soirée et une offre de boissons limitée. Il date d'avant l'arrivée des Lavandières.
Le reste tient à la nature du lieu : peu de places, pas d'ouverture régulière en dehors des événements, une programmation pointue qui ne parlera pas à tout le monde. Le Petit Bulletin n'affiche d'ailleurs aucune date à venir pour la salle : fiez-vous au site officiel et à HelloAsso.
Combien prévoir
Relevé d'octobre 2026, à vérifier sur la billetterie.
- adhésion : 3 euros à la première venue, valable un an, gratuite pour les moins de 12 ans, réglée sur place uniquement
- spectacles tout public : 15 euros plein tarif, 12 euros réduit selon la page tarifs du site (mise à jour fin 2025), mais HelloAsso affiche 10 à 14 euros pour certains cabarets. Les sources divergent
- spectacles jeune public : 9 euros
- soirées : prix variable (6 à 10 euros pour Halloween)
Pour trouver l'impasse
- Adresse : 4 impasse Flesselles, Lyon 1er, à l'angle du passage Prunelle
- Horaires : selon la programmation ; spectacles en général à 20 h, billetterie ouverte une heure avant
- Billetterie : HelloAsso (Les Lavandières - Lavoir Public) ou sur place, en espèces ou par carte
- Accès : bus C13 ou C18, arrêt Rouville ; stations Vélo'v Rouville ou Carmélite
Un bâtiment construit pour laver le linge du quartier, qui sert aujourd'hui à le secouer un peu. Je ne vois pas de meilleure façon de respecter son histoire.
Article mis à jour en octobre 2026 : prix, horaires et infos pratiques revérifiés.



