Lyon · Le guide de la semaineLa newsletter du vendredi →

Miraflores, le Pérou étoilé du boulevard des Belges

par | 30 août 2026 | Manger

Le ceviche a connu à Lyon le même destin que le poké bowl : on en trouve partout, et presque jamais comme il faut.

Du poisson cru noyé dans un citron vert de supermarché, trois graines de coriandre, et l'affaire est réglée. Alors quand un chef né dans les Andes sert le sien avec une leche de tigre au cacao noir, dans une maison étoilée du 6e, j'ai tendance à tendre l'oreille.

Ce chef, c'est Carlos Camino. Et son restaurant, Miraflores, tient son étoile depuis 2017.

Jauja, Lima, Lyon

Le parcours mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il explique tout.

Carlos Camino est né en 1980 à Jauja, une ville perchée vers 4 000 mètres d'altitude, première capitale du Pérou. Des parents enseignants, un père qui cuisinait les classiques de la côte, une grand-mère et sa ferme qui lui ont donné le goût de la terre. À 17 ans, il apprend la cuisine péruvienne traditionnelle à l'école hôtelière de Lima.

À 23 ans, il rejoint sa sœur à Lyon. Sans connaître grand-chose à la cuisine française.

Il rattrape le retard vite : passage chez Pierre Orsi, un BTS à l'institut Rabelais de Dardilly, un apprentissage dans un bouchon (Les Lyonnais, en 2009), puis La Rotonde à Charbonnières en 2011. Miraflores ouvre en 2013, rue Garibaldi, décroche le prix Espoir Gault&Millau en 2015, puis l'étoile en 2017. Le portrait que lui consacre Les Restos le présente comme le premier chef péruvien étoilé d'Europe.

Miraflores, c'est un traducteur bilingue. Il parle quechua aux produits et français aux cuissons, et la phrase finale tient debout dans les deux langues.

Un type qui a appris la quenelle avant de revisiter le ceviche, ça me paraît la meilleure garantie contre la fusion approximative.

Le déménagement, et les années compliquées

En 2019, le chef décide de séparer bistronomie et gastronomie et installe sa table étoilée boulevard des Belges, aux Brotteaux. Réouverture au tout début de 2020.

Quelques semaines plus tard, le Covid ferme tout. On a vu meilleur timing.

La suite n'a pas été simple. En avril 2025, LyonMag (reprenant la Tribune de Lyon) révélait qu'une procédure de sauvegarde avait été demandée : un prêt garanti par l'État difficile à rembourser, des charges en hausse, une fréquentation en baisse. Le restaurant annonçait rester ouvert, sans rien changer à ses services.

Un an et demi plus tard, Miraflores figure toujours au Michelin 2026 avec son étoile et au Gault&Millau 2026 avec 15/20. Le bateau a tenu.

Ce qu'on vient chercher

Une cuisine andine contemporaine, avec des produits importés du Pérou, dans une salle moderne aux tons terreux et à la cuisine ouverte. Le Gault&Millau y voit même une légère touche Art déco.

Deux menus, renouvelés selon les saisons, sans carte. Les inspecteurs du Michelin ont relevé :

  • un ceviche à l'hierba luisa, leche de tigre au cacao noir (ou au tumbo, selon la saison)
  • une pota, le calmar géant, braisée au palo santo avec sauce nikkei
  • un taco vert au huacatay, une herbe andine
  • la chicha de jora, bière de maïs traditionnelle
  • en dessert, une raspadilla de cacao criollo, granité râpé à table

Le chef revendique des matières premières issues de coopératives péruviennes (cacao, café, sucre, céréales). Sur le papier, c'est exactement ce qu'on attend d'une table qui joue la carte du voyage sans tomber dans la carte postale.

Le menu que je viserais

Le Machu Picchu, le grand format. C'est celui que les avis enthousiastes recommandent, et c'est le seul qui permet de voir l'étendue du registre.

Le Cuzco reste une option sérieuse pour découvrir. Mais à ce niveau d'ambition, autant monter jusqu'au sommet (oui, je l'ai faite).

Là où ça coince

Sur TripAdvisor, Miraflores tient 4,6/5 pour environ 300 avis, et 9,3/10 sur TheFork. Solide.

Mais les avis de 2025 sont plus partagés que ce que la moyenne laisse penser. Plusieurs clients ont trouvé les saveurs trop neutres, pas assez relevées pour une cuisine péruvienne. Un autre a reçu un poulpe trop cuit et un dessert oubliable. Un troisième a estimé l'addition à 300 euros par personne avec l'accord vins, pour un menu jugé peu surprenant.

À l'inverse, les avis de fin 2025 saluent un service impeccable, une ambiance cosy et un repas qualifié d'exceptionnel.

Mon analyse ? Une table qui a traversé une passe financière difficile peut connaître des soirs inégaux. Les notes récentes semblent remonter, mais je ne m'avancerais pas plus loin sans m'y être assis.

Le budget

Tarifs relevés en octobre 2026 (Gault&Millau) :

  • menu Cuzco : 90 euros
  • menu Machu Picchu : 165 euros
  • accord mets et vins : en supplément, tarif à demander

La carte des vins est jugée maligne par le Gault&Millau, avec de belles références françaises et étrangères. Les prix bougent avec les saisons, vérifiez avant de réserver.

Bon à savoir

  • Réservez en ligne ou par téléphone, le service du soir est court
  • Venez curieux : piments andins, quinoa, cushuro, herbes inconnues… Ici, on goûte avant de juger
  • Prévenez en cas de restriction, le menu est imposé

Infos pratiques

  • Adresse : 112 boulevard des Belges, Lyon 6e
  • Ouvert du mardi au samedi, le soir uniquement. Fermé dimanche et lundi. Les plages horaires varient selon les sources, calez votre heure au téléphone
  • Réservation au 04 78 24 49 71 (numéro du Michelin ; le Gault&Millau en affiche un autre, le 04 37 43 61 26, donc essayez l'un puis l'autre)
  • Accès : métro A, arrêt Masséna, puis une dizaine de minutes à pied (ou bus jusqu'à l'arrêt Parc Tête d'Or–Churchill)
  • Accessibilité : accès fauteuil roulant

Le ceviche de comptoir a encore de beaux jours devant lui à Lyon.

Mais si vous voulez savoir à quoi il ressemble quand il est fait par quelqu'un qui l'a appris à Lima, vous savez où aller.

Article mis à jour en octobre 2026 : prix, horaires et infos pratiques revérifiés.

À lire aussi

Toujours à Lyon →

Le vendredi, on vous dit tout.

Les bonnes adresses et le programme du week-end, chaque vendredi à 8h.

Je m'abonne