Boire moins, c'est s'ennuyer plus. Voilà l'idée reçue.
Celle qui fait qu'au bar, le choix « léger » se résume souvent à un spritz tiède ou à un jus d'orange servi avec un regard compatissant. Celle qui veut qu'un cocktail sérieux doive forcément vous chauffer les oreilles.
Sauvage, rue Montesquieu, démonte cette idée depuis des années. Et en 2026, les professionnels du bar lui ont donné raison.
Un bar à « coquetels » et à apéritifs d'antan
Ici, on ne dit pas cocktail, on dit « coquetel ». Le mot donne le ton : un pied dans le passé, un pied dans le verre d'aujourd'hui.
La maison construit ses recettes autour des apéritifs d'antan, ces familles qu'on croyait réservées aux buffets de mariage de nos grands-parents : vermouths, quinquinas, amers, gentiane, vins mutés. Le résultat vise un faible degré d'alcool, souvent proche d'un verre de vin, servi dans une logique de « slow drinking ».
Concrètement, ça change quoi ? Vous pouvez enchaîner deux ou trois verres sur une soirée en sentant les arômes au lieu de sentir l'alcool. Et rentrer à vélo sans négocier avec les pavés.
Le Fooding présente Pierrick Sordet comme l'homme des vermouths, amari, quinquinas et vins mutés. Le site du bar, qui en est à sa carte n°20 à l'été 2026, laisse penser à une ouverture vers 2018 (je n'ai pas trouvé de date officielle).
Sauvage, c'est le grenier de votre grand-mère passé entre les mains d'un chimiste. On y retrouve la Suze et le Cap Corse, mais rangés, étiquetés, et soudain beaucoup plus intéressants.
Le palmarès, pour les sceptiques
78e du Top 100 des bars de France aux French Bar Awards 2026. Et surtout, une nomination dans la catégorie « Best Menu ».
C'est cette nomination qui m'intéresse. Elle récompense le travail d'écriture d'une carte, pas seulement le talent derrière le comptoir. Et une carte low ABV relève de l'exercice d'équilibriste : sans le muscle de l'alcool, le moindre déséquilibre se voit.
En 2025, Charles Portail, de l'équipe, a aussi remporté les Trophées du Bar avec le Tomato Café, un cocktail 100 % sans alcool. Le bar ne fait donc pas semblant sur le sujet.
La carte d'été 2026, décryptée
Voici quelques coquetels de la carte n°20, relevés sur le site du bar en 2026.
- Suze Moi, à 10 euros : gentiane Suze, Apérol, liqueur d'abricot du Roussillon, gin, citron, blanc d'œuf et sauge
- Pink Playboy, à 11 euros : Lillet rosé et vin rosé, liqueur de tomate, sirop de basilic, vinaigre balsamique, prosecco
- French Marcel, à 12 euros : Cap Corse blanc, liqueur de mangue, Bénédictine, pastis de Provence, passion, ginger beer
- Pornstar Revival, à 13 euros : apéritif à la myrtille, vodka, passion, prosecco, palo santo et mousse vanille-ajowan
- Sado Miso, à 14 euros, le plus cher de la sélection
Vous remarquez les ingrédients ? Tomate, balsamique, sauge, ajowan (un thym indien). On est plus près de la cuisine que du shaker de base. Un avis TripAdvisor d'octobre 2025 compare d'ailleurs les cocktails à des plats de grande table, et note que chacun est présenté avec son profil aromatique.
Mon premier verre
Le Suze Moi. La gentiane, c'est l'amertume la plus clivante de France, et l'associer à l'abricot du Roussillon me semble être exactement le genre de pari que ce bar sait gagner.
Ensuite, le Pink Playboy, pour voir si la liqueur de tomate tient ses promesses.
Et dans l'assiette ?
On vient chez Sauvage pour boire, mais on y mange correctement. Tapas pensées pour les accords, mezzés, rillettes, tartinables, planches et un croque ciabatta. Le site annonçait cet été des rillettes de canard à 10 euros, des mezzés à 15 euros, la planche du Sauvageon à 25 euros et le croque à 16 euros.
Les planches reviennent souvent dans les avis positifs. Je les prendrais à plusieurs.
Les critiques à garder en tête
Sur TripAdvisor, le bar affiche 4,7/5 pour 45 avis. On loue le service attentif, les conseils et l'équilibre des recettes.
L'avis le plus dur date de décembre 2023 : un groupe de six, deux planches et un cocktail chacun en deux heures, a eu le sentiment d'être poussé vers la sortie. Petite salle, rotation nécessaire, le reproche est compréhensible des deux côtés.
Un agrégateur d'avis relaie aussi le témoignage d'un client choqué par la façon dont un responsable aurait parlé à un apprenti. C'est isolé et invérifiable, je le signale par souci d'honnêteté.
Autre point : la salle est petite (murs en pierre, plantes, papier peint fleuri, d'après les descriptions). Un vendredi soir, la place se mérite.
Mes conseils
- Lisez la carte en entier, elle est construite pour être lue, et l'équipe l'explique volontiers
- Venez à deux ou trois plutôt qu'en grand groupe
- Remontez en degré si l'envie vous prend : le bar propose aussi une carte de Negroni et de Dry Martini, preuve que le faible degré relève d'un choix assumé
- Testez un sans alcool, vu le palmarès de la maison sur le sujet
- Regardez la boutique : apéritifs en bouteille et coquetels prêts à boire, en click & collect
Infos pratiques
- Adresse : 3 rue Montesquieu, Lyon 7e
- Horaires (site officiel, 2026) : du lundi au vendredi de 18h à 1h, le samedi de 19h à 1h. Fermé le dimanche. Un guide indique le jeudi fermé, appelez avant
- Téléphone : 04 37 29 23 79
- Accès : métro D, arrêt Guillotière, ou tram T1, arrêt Saint-André
Boire moins fort sans boire moins bien. Rue Montesquieu, on a trouvé la formule, et elle tient en un mot : apéritif.
Article mis à jour en octobre 2026 : prix, horaires et infos pratiques revérifiés.
